Notes à propos de "Made in Monde" (Suzanne Berger, MIT)
Le 25 janvier 2007, Suzanne Berger est venue présenter son livre "Made in Monde" à l'équipe du GIL (Globalisation & Innovation) à Audencia. Voici, ci-dessous, mes notes "bruts de décoffrage" (et donc en italique). A croiser avec celles d'Econoclaste.org sur ce lien. Le lien avec le knowledge management est intéressant en ce qui concerne l'héritage et les apprentissages réalisés par les entreprises.
Les délocalisations sont un phénomène minime. Selon le rapport Aubert-Sillard (Insee, 2005), les délocalisations expliqueraient 15% des pertes d’emploi sur une période de 30 ans. Ce phénomène était présenté de manière beaucoup plus dramatique dans le rapport Artuis en 1993 qui estimait à 3 millions la perte d’emplois en France.La globalisation implique de s’intéresser aux phénomène de destruction et de création d’emplois.
Les hypothèses de travail de l’équipe du MIT.
a) La convergence. C’est la théorie des avantages compétitifs qui permettrait d’expliquer la mondialisation. Cela serait un phénomène irréversible. Chaque entreprise doit, en théorie, convertir vers les mêmes pratiques de délocalisation et d’externalisation (par exemple).
b) Les variétés du capitalisme. C’est la littérature la plus fertile sur la mondialisation. On peut citer de livre de Michel Albert. Selon cette littérature on peut coordonner ses activités par le marché ou par concertation (avec les syndicats). Chacune des formes de coordination va réagir de manière différente. On ne constate pas de convergence entre ces deux systèmes.
c) L’héritage de l’entreprise. Ce ne sont pas uniquement les ressources matérielles mais les ressources immatérielles, les expériences, les apprentissages. Cet héritage est sédimenté même s’il représente l’ADN. Ce sont les interactions entre les différentes couches de l’héritage vont permettre de l’innovation.
L’étude présentée porte sur 670 entreprises dans le monde. Les données récoltées sont principalement qualitatives (interviews). Chaque interview a été réalisée en équipe : un ingénieur et un spécialiste des sciences sociales. Les discussions interdisciplinaires étaient la principale richesse de l’étude.
Les constats de l’équipe entre « Made in America » (80’) et « Made All Over » (2006)
- le système de production s’est largement fragmenté et la chaîne de valeur s’est reconfigurée ;
- l’importance des nouvelles technologies digitales de codification (qui apparaissent massivement en 1995).
Le système de production s’est modularisé (ex. Quanta). Cette évolution peut être illustrée par le passage entre la maquette (d’un avion en plastique) et le Lego (qui est modulable). L’exemple de l’IPod est marquant : les américains (Apple) ont fourni le concept et les logiciels, les japonais les semi-conducteurs et les chinois l’assemblage.
Les questions soulevées par l’étude.
1°) La réorganisation.
- Qu’il faut garder à l’intérieur des quatre murs de l’entreprise ?
- Qu’est ce qu’il faut sous-traiter ?
2°) La délocalisation.
- Qu’est ce qu’il faut garder sur son territoire ?
- Qu’est ce qu’il faut délocaliser ?
Ces questions sont complexes car une entreprise peut délocaliser sans sous-traiter (ex. Sony ouvre une usine en Chine). La globalisation a facilité l’entrée sur les marchés nationaux.
Quelques conclusions de l’étude.
il n’y a pas de convergences des pratiques.
Pas de « one best way » dans la globalisation. Il existe de multiples solutions.Dell VS Sony. Par exemple, la spécialité de Dell est de gérer la distribution de ses produits. Dell ne fabrique aucun composant mais les assemble en quatre minutes et demie. Ce qui est présentée comme de la fabrication alors que c’est de l’assemblage et du contrôle de qualité. C’est la gestion de la relation fournisseur qui devient importante. La chaîne de valeur est un modèle trompeur car la relation fournisseur est au détriment des fournisseurs. La chaîne de valeur est un rapport de pouvoir. Au contraire Sony cherche à produire la plupart de ses composants sans délocaliser.
il n’y a pas de secteurs condamnés.
Le secteur textile a perdu 60% des emplois en France, alors qu’en Italie ce taux est de 15%. L’exemple de Geox est intéressant car le créateur de l’entreprise, ne connaissant rien au métier de la chaussure, a puisé dans l’héritage du district italien. Il a su utiliser les ressources qualifiées disponibles. American Appareal a suivi une stratégie contraire car l’entreprise produit sur le sol américain et le revendique.
les stratégies de bas salaire ne sont pas gagnantes.
Les chefs d’entreprise surestiment l’impact du coût du travail. Les salaires n’entrent pas beaucoup dans l’équation des coûts. De nouveaux risques sont apparus (assurances, terrorisme, corruption). C’est l’ouverture des connaissances qui est une stratégie gagnante désormais. La collaboration entre IBM et Linux est un bon exemple. Cette entreprise était fermée et protégeait ses propres brevets. Le lancement d’un nouveau système aurait coûté 500 millions de dollars. IBM a investi 50 millions d’euros dans la communauté Linux et 50 millions pour développer des applicatifs.
le bon usage de l’héritage.
Comment vivre avec la Chine (et l’Inde…) ? Les japonais vont par exemple délocaliser et non sous-traiter. Une entreprise comme Matsushita est présente sur le segment du marché des micro-ondes sur le marché chinois pour développer leur apprentissage du marché.
En conclusion.
La vrai question n’est pas le transfert des emplois mais la création et la recomposition des activités. Comment faire de l’innovation dans une économie en fragmentation ? Avec qui ? Et où ?
Une implication pour les étudiants.
Les futurs diplômés devront savoir comment coordonner les activités au niveau mondial et savoir faire l’apprentissage des marchés chinois et indiens.

Le CNRS invite (enfin!) les chercheurs français à partager librement le fruit de leur travail sur le net. Cela se passe via le portal HAL-SHS. 